Pour le Fonds Arménien, par Bédros Terzian

(Source: Nouvelles d’Arménie)

A la mi-février, sur le site Internet de ce journal, le Fonds Arménien Hayastan (“Himnadram”) a été la cible d’une attaque concertée de la part de deux internautes signant HB et Shant, qui ont déversé un flot de calomnies d’une violence sans précédent visant à discréditer une organisation qui s’apprête à fêter ses vingt ans d’action humanitaire au service de l’Arménie et du Karabagh.

Les dizaines de milliers de donateurs qui, à travers le monde, font confiance au Himnadram, sont traités de crédules. L’honneur de milliers de bénévoles qui se mobilisent de phonéthons en téléthons et de centaines de membres des différentes branches du Fonds qui travaillent à longueur d’année pour récolter des dons est bafoué. On ne peut pas laisser faire cela.

Ces deux accusateurs commencent par prendre à partie Manouchak Pétrossian, directrice exécutive du Himnadram les cinq premières années. A l’heure où l’Arménie n’avait ni eau ni électricité, où l’armée azérie menaçait l’existence du Karabagh, où le blocus turc affamait la population, c’est sous sa direction que le Himnadram a lancé trois projets vitaux. D’abord la réfection de la route qui relie l’Arménie à l’Iran et qui lui a permis de s’approvisionner en denrées essentielles et d’échapper à l’étouffement du blocus. Ensuite le “Projet Hiver 93/94” qui, avec les 7 millions de $ récoltés en quelques semaines par le Himnadram et que le milliardaire Kirk Kirkorian a portés à 21 millions, a permis d’acheter les combustibles grâce auxquels l’Arménie a redémarré des centrales électriques, repris le pompage de l’eau, la fabrication du pain… Enfin, c’est sous Manouchak qu’a été lancée, dès la fin de la guerre, la “Route de la Vie” qui relie l’Arménie au Karabagh, garantissant la sécurité des Karabaghtsis et ouvrant la voie à la reconstruction d’une terre ravagée par les hostilités.

Dans le froid glacial de l’hiver 93/94, Manouchak se rendait à la frontière pour compter une à une les citernes qui arrivaient d’Iran et s’assurer de leur chargement. Elle y a sacrifié sa santé. Et voilà qu’au lieu de lui rendre hommage, on ressort le vieux ragot de sa maison d’Erevan, qualifiée de “fastueuse”, où serait englouti l’argent du Himnadram. En l’occurrence, il s’agit de la maison paternelle d’Ardachès, son mari. Le couple a financé la rénovation grâce aux conférences données par Ardachès, astrophysicien, dans des universités occidentales. Prévoyant qu’il se trouverait toujours quelque malveillant qui mettrait leur honnêteté en question, la famille a remis copie des justificatifs à la Présidence de la République.

Puis on évoque le passage rapide de Raffi Hovhannessian à la direction du Himnadram. Selon nos deux accusateurs anonymes, Raffi aurait dit à quelqu’un, qui l’aurait rapporté à un journal, qu’il était parti car il ne pouvait pas travailler avec des “voleurs”. La vérité est beaucoup plus prosaïque : Raffi voulait étendre le champ d’action du Himnadram à tous les aspects des relations Arménie-Diaspora car, à l’époque, il n’y avait pas de ministère chargé de cette mission. Mais il s’est vite rendu compte que cela n’était ni possible ni souhaitable ; que le Himnadram devait rester une organisation humanitaire et apolitique. Il a alors démissionné. Raffi Hovhannessian est un homme politique : on peut partager ou non ses vues, mais on ne peut pas lui reprocher de vouloir servir l’Arménie à sa manière. A la tête de son parti, “Héritage”, il participe activement à la vie politique, dans l’opposition.

Le Himnadram est accusé de payer trop cher ses constructions. Faux. Nous serrons tellement les prix qu’à l’époque du boom de la construction en Arménie (2000-2005), les contractants ne voulaient plus travailler avec nous en estimant que nous « cassions » trop les prix. Le Fonds Arménien a réalisé à ce jour des centaines de projets. Pris individuellement, tel ou tel projet aurait pu, peut-être, être réalisé moins cher par quelqu’un qui n’aurait de compte à rendre à personne. Ce n’est pas notre cas. Nous imposons des conditions de contrôle draconiennes. En externe : audit financier, audit de réalisation, architectes conseils. En interne : audit pratiqué par un représentant de l’Etat arménien et un représentant de la Diaspora, surveillance des travaux par l’équipe du Himnadram. En outre, visites des chantiers et réalisations par les branches du Fonds et des donateurs. C’est beaucoup, mais c’est le prix à payer pour mériter la confiance des donateurs qui savent ainsi que leur argent sert à son but.

En réalité, globalement, nos réalisations coûtent moins cher que celles d’autres organismes car nous économisons en frais de fonctionnement. En 2010, ces frais n’ont représenté que 6,8 % des dépenses engagées par le Himnadram. En 2011, nous descendrons en-dessous de 6% car le budget est maintenu, alors que les dons augmentent. D’autres organisations consacrent jusqu’à 35 % à leurs frais de fonctionnement. Ainsi, si l’une ou l’autre de nos réalisations peut coûter un peu plus cher, globalement elles nous coûtent moins cher. Avec la transparence en plus.

La confiance que nous inspirons est une condition sine qua non de pérennité. Et c’est pourquoi nous comptons, parmi nos donateurs, des Conseils régionaux et généraux de France. Quiconque a travaillé avec ces Conseils connaît leur exigence en matière de contrôle. Ils envoient parfois leurs propres auditeurs pour vérifier ce que nous faisons. A chaque fois, le Himnadram a été à la hauteur.

Tous nos contrats font l’objet d’appels d’offres. Tous ceux qui le souhaitent peuvent assister à l’ouverture des plis. Pour avoir le droit de concourir, les entreprises doivent prouver leur capacité technique et leur solvabilité financière. En 2010, le Himnadram a eu à gérer 46 chantiers !

Mais pour nos deux accusateurs, ces contrôles n’ont aucune importance, même s’ils sont pratiqués par un prestigieux cabinet, Grant Thornton. Après tout, qui nous dit que Grant est fiable ou qu’il fait bien son travail, lance l’un d’eux…

On passe alors en revue l’utilité même des actions du Fonds. “Quel intérêt de refaire des meubles ou des écoles alors qu’il existe un ministère de l’Education”, écrit l’un d’eux. N’est-ce pas le rôle d’un Etat que de construire des écoles, des routes ou des hôpitaux, demande-t-il ? On croit rêver. Nos accusateurs n’ont donc aucune idée des moyens de l’Etat arménien ni de l’étendue des besoins en Arménie et au Karabagh. Et ils veulent nous empêcher des les aider !

On accuse encore le Himnadram d’avoir investi dans le secteur privé. Faux encore. Une fois, un grand donateur voulant investir dans un projet sportif à Sévan et ne faisant confiance qu’au Himnadram, nous a demandé de réaliser les travaux contre rémunération. C’est ce que nous avons fait ; ceci est publié noir sur blanc dans nos rapports annuels que nos accusateurs ont épluchés, mais pour les interpréter à leur manière. Ce sont des procédés tout simplement abjects.

Le Fonds Arménien a le devoir d’entendre les critiques et de les prendre en considération. Par exemple, sur ses choix de réalisations. Faut-il ou non investir au Karabagh ? Favoriser le développement de l’agriculture plutôt que d’investir dans des écoles ? Pourquoi tel projet plutôt que tel autre ? Notre devoir est d’expliquer ces choix. Mais il est un point sur lequel le Fonds ne transigera pas : celui de l’honnêteté.

Nous ne pouvons pas résoudre tous les problèmes de l’Arménie. Nous n’avons pas le pouvoir d’éradiquer la corruption. Nous ne sommes pas infaillibles. Mais nous essayons de faire de notre mieux et nos donateurs peuvent en être fiers. Le miracle, quand on y pense, ce n’est pas d’avoir commis des erreurs, mais d’en avoir commis si peu en dépit du contexte extrêmement difficile de ces années (séquelles du séisme, guerre, blocus, effondrement de l’économie, désorganisation de l’Etat, corruption …) et d’avoir pu réaliser, néanmoins, 466 km de routes et ponts, 240 km de canalisations d’eau, 105 écoles, des meubles de classes pour plus de 30 000 enfants, 36 hôpitaux et dispensaires, 24 centres sportifs et culturels, 71 km de lignes électriques, 46 km de gazoducs, pensions alimentaires à plus de 8000 orphelins de la guerre, 410 logements sociaux, distribution de semences et de carburant aux agriculteurs, bourses à des chercheurs et artistes,… Tout ceci, pour 200 millions de $ seulement. Et voilà que deux inconnus exploitent le forum d’un site Internet pour cracher dessus !

Il est une réalisation, enfin, qui n’est pas chiffrable, mais qui nous paraît de la plus haute importance. Le Fonds Arménien a créé à travers le monde une organisation arménienne unitaire – la seule à ce jour – où travaillent côte à côte, dans l’harmonie, toutes les forces vives de notre nation : Etat, églises, partis historiques, grandes organisations humanitaires, personnalités de la société civile. Ces institutions et personnalités accepteraient-elles de cautionner une structure si celle-ci ne présentait pas toutes les garanties de probité ?

Le plus sidérant, c’est cet instinct de destruction et d’autodestruction qui habite certains êtres. Ils existent donc : ils sont parmi nous.

Le philosophe H. Bergson disait : “La bonté, c’est la générosité infinie d’un principe de vie qui se donne”. Que faire lorsque des hommes ne sont plus habités par ce “principe de vie” ?

Faire ce que nous faisons depuis toujours et qui nous maintient debout : se battre, avec résignation parfois, avec détermination toujours.

Le plus dur ce n’est pas d’être traité de “voleur”. Le plus dur est de réaliser que des êtres humains peuvent rester insensibles à la détresse d’autres êtres humains, au point de vouloir nuire à ceux qui tendent la main, eux, et qui essaient de faire de sorte que ces femmes et ces hommes portés par une terre millénaire souffrent un peu moins, vivent un peu mieux.

Bédros Terzian
Président
Fonds Arménien de France

 

Advertisements
  1. Leave a comment

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: